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L’hyperactivité chez les adultes : une souffrance sous-estimée.

L’hyperactivité chez les adultes : une souffrance sous-estimée.


De Jean-Marie Streit


Le TDA/H (Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité) plus communément – et par un raccourci hâtif – appelé hyperactivité est une réalité notamment auprès de certains jeunes patients. Nombreux sont ceux qui vont alors être pris en charge et suivre une thérapie à même de les aider au mieux. Mais une frange de ces enfants continue, dans l’ombre, à souffrir de ce trouble et grandissent avec ce bagage plus que pesant. Une fois adulte, leur maladie peut même finir par les marginaliser et les emmener vers des exclusions tant professionnelles que sociales.


L’association luxembourgeoise Spontan ADD a pour objectif de soutenir les familles dont l’un ou plusieurs membres seraient atteints de TDA/H. Bien souvent ces familles consultent une première fois pour l’un de leurs enfants, c’est alors que Nadine Schintgen, vice-présidente de l’association leur mentionne : « que si un enfant est atteint, c’est que bien souvent l’un ou l’autre des parents est atteint également ». Mais voilà, avant cette annonce, le parent TDA/H ne reconnaissait pas en lui l’existence de ce trouble et a donc vécu avec celui-ci durant toute son existence. Mais comment cette se traduit-elle alors ?


Le TDA/H chez l’adulte


David Shaffer is a Professor of Child Psychiatry and Professor of Psychiatry and Pediatrics. He is the Director ofColumbia University College of Physicians and Surgeons, Division of Child Psychiatry, at the New York State Psychiatric Institute. His strong ties to the pharmaceutical industry and major drug companies span decades.Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA :H) présent chez l’enfant persiste à l’âge adulte dans 60% des cas. La présence de TDA/H dans l’enfance est une condition préalable pour pouvoir diagnostiquer le TDA/H chez l’adulte. Selon les médecins, les caractéristiques essentielles du TDA/H sont définies comme « un comportement persistant d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité plus fréquent et sévère qu’on le trouve chez les individus d’un niveau comparable de développement ». Le diagnostic et le traitement du TDA/H chez les enfants sont communs, mais le même diagnostique chez les adultes reste controversé. En 1994, le médecin Shaffer avait noté plusieurs raisons d’un tel scepticisme. Premièrement, il est relativement difficile d’obtenir un historique précis pour vérifier le commencement des symptômes de l’enfance comme il est requis. Deuxièmement, la comorbidité significative chez les adultes TDA/H rend difficile la différentiation entre ce diagnostic et d’autres troubles ; Troisièmement, il y a un manque relatif de littérature documentant le diagnostic de TDA/H chez l’adulte.


Les symptômes.


Fréquemment, les symptômes visibles d’hyperactivité de l’enfance disparaitront ou au moins changeront chez l’adulte Les caractéristiques courantes chez l’adulte TDA/H comprennent l’entêtement, les conflits chroniques avec l’autorité, les difficultés relationnelles avec les époux(ses) ou l’entourage, les fréquents changements de poste, la mauvaise tolérance à la frustration ainsi qu’à la performance intellectuelle malgré les capacités adéquates voire supérieures. Ils signalent souvent se sentir éparpillés, et être chroniquement en retard aux rendez-vous, anxieux, irritables, et dépassés par les tâches de la vie quotidienne. L’accroissement des symptômes de dépression et d’anxiété est accru par l’accroissement des responsabilités à la maison, au travail ou à l’école. Les parents adultes avec TDA/H vont souvent voir le médecin généraliste, se plaignant d’anxiété, de symptômes dépressifs ou affectifs, d’abus de substances toxiques, et/ou conflits à la maison, au travail ou à l’école. Si le diagnostique reste obscur après l’obtention de l’historique, ou s’il y a un chevauchement significatif et déroutant avec des troubles psychiatriques, une orientation vers un psychiatres ou un psychologue est indiquée.


Comorbidité


Comme chez les enfants, il existe un niveau élevé de comorbidité chez les adultes TDA/H. L’étude de Spencer et Al a reporté des taux importants de troubles de l’anxiété (50 %), d’abus de substances toxiques (27 % à 47 %), et troubles de personnalité antisociale (12 % à 27 %). A cause du chevauchement significatif avec d’autres diagnostiques, il a été spécifié que le TDA/H pourrait simplement être un précurseur d’autres conditions psychiatriques au lieu d’être une entité indépendante. Cependant, comme Spencer et Al l’ont souligné, si cela était vrai, le TDA/H chez l’adulte serait rarement présent sans autre diagnostic. En fait, approximativement 40% des adultes TDA/H ne souffrent de troubles coexistants de l’anxiété, affectifs, ou de personnalités. Néanmoins, les patients souffrant de TDA/H adulte visent souvent leurs médecins généraliste pour cause d’anxiété ; de crises de panique, de dépression, ou d’abus de substances toxiques. Parce que le TDA/H est un trouble de l’attention, les patients sont souvent accablés, dépressifs, anxieux et irritables. L’obtention d’un diplôme supérieur n’exclut pas un diagnostic de TDA/H, mais les adultes avec TDA/H rapportent souvent avoir eu à travailler beaucoup plus dur que leurs camarades de classes, ou avoir des difficultés extraordinaires lorsque l’attention aux détails ou l’attention maintenue est essentielle. Il y a un chevauchement significatif entre le TDA/H et le trouble bipolaire. Dans une étude de 56 patients bipolaires, Sachs et Al ont conclu que le TDA/H chez les enfants pourrait identifier les enfants comme ayant un risque plus élevé de début précoce de trouble bipolaire. L’hyperactivité chez l’adulte peut imiter un épisode maniaque : cependant, les patients maniaques décrivent habituellement de distincts épisodes de dépenses accrues, de religiosité excessive ou d’hyper sexualité, par rapport à leur comportement habituel. Par contraste, les patients TDA/H reportent généralement une difficulté chronique, continue, du comportement impulsif, de la gestion de l’argent et de la procrastination.


Encore une fois, un historique de l’enfance des symptômes TDA/H est requis pour établir le diagnostic chez l’adulte. Un début nouveau de difficulté de concentration, da mauvaise mémoire, et de brève durée d’attention suggèrent un diagnostic autre que le TDA/H et méritent des analyses biologiques et une évaluation psychiatrique ou pour d’autres causes médicales. Le diagnostic médical qui pourrait se manifester de manière similaire inclut l’hyperthyroïdie ou l’hypothyroïdie, les troubles de convulsion, l’apnée pendant le sommeil, les interactions médicamenteuses, les troubles de l’audition, l’insuffisance de vitamine B12, une blessure crânienne, et un empoisonnement par métaux lourds. Une évaluation médicale devrait inclure un examen neurologique et un examen du statut mental. Les études de laboratoire de base pourraient inclure des tests de fonction thyroïdienne, une mesure de la vitamine B12, un examen sanguin complet, des tests des fonctions électrolyse et du foie, et un examen de dépistage pour les métaux lourds. La détermination de la tension artérielle et un électrocardiogramme (ECG) devrait être considéré si le patient a un passé d’hypertension ou d’arythmie, ou si un traitement avec un stimulant ou un antidépresseur tricyclique et sous considération.


Le traitement.


Parce qu’il y a une comorbidité significative chez les adultes TDA/H, les troubles coexistants de dépression, anxiété, et d’abus de substances toxiques devront être considéré dans le traitement pour qu’il réussisse. Si les symptômes de TDA/H sont sous contrôle adéquat, médicaments et traitement de comportement devraient être envisagés. Le méthylphénidate (Ritaline, Concerta) est le traitement principalement chez l’enfant et a une efficacité significative chez les adultes également. En passant en revue la littérature, Spencer et Al ont trouvé que le taux de réponse au méthylphénidate chez les adultes TDA/H est de 25% à 75% dans plusieurs études contrôlées ; ceci a significativement moins de corrélation que le taux de réponses chez les enfants, mais pourrait être expliqué par la variété de facteurs, parmi eux la comorbidité psychiatrique, des différences de doses, et les différences méthodologiques.


L'échelle d'auto-évaluation de Utah, Copland et BrownPlusieurs antidépresseurs ont également un certaine efficacité dans le traitement du TDA/H. Mais, le choix du traitement médical approprié dépendra du passé psychiatrique, médical, et d’abus de substance toxique du patient demandeur de traitement. Les interventions non médicamenteuses sont également utiles dans les traitements du TDA/H. Il est important de s’informer sur ce trouble. Les adultes TDA/H sont souvent soulagés de trouver un nom et une cause à leurs difficultés, et de connaître la nature exacte de leurs problème leur permet de trouver des moyens de faire face plus efficacement. Des exemples de mécanisme pour faire face à la mauvaise durée d’attention ou la distraction pourraient inclure la réduction des distractions externes au bureau ou sur le lieu de travail, l’établissement de listes, l’achat d’un organiseur informatique, et l’établissement de multiples courts délais pour terminer des projets à long terme. Les adultes TDA/H doivent être informés des risques accrus d’abus de substances toxiques et de dangers d’automédication et doivent être fortement encouragés de minimiser leur consommation d’alcool.


Considéré comme un trouble de l’enfance uniquement, le TDA/H peut persister et en effet persiste à l’âge adulte chez un nombre conséquent de personnes. Les symptômes présents pendant l’enfance sont une condition pré requise pour un diagnostique de TDA/H chez l’adulte. A cause du chevauchement significatif avec d’autres troubles, un historique développemental complet, un historique d’abus de substances toxiques, un examen médical et neurologique, et des tests comparatifs biologiques sont indiqués pour éliminer d’autres causes de mauvaise attention et de concentration. L’échelle de Utah, Copeland et Brown peut être utile pour établir le diagnostic chez l’adulte. (voir tableau annexe) Cette première étape permet de se poser les bonnes questions et de s’orienter au mieux vers une thérapie adéquate.